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REPORTAGE

Tchad : la pauvreté et l'insécurité alimentaire gagnent du terrain


Alwihda Info | Par Mbainaissem Gédéon - 12 Juin 2021

Au Tchad en général et dans la ville de N’Djamena en particulier, la misère a élu domicile au sein de la population. Il suffit de faire un petit tour dans la capitale, particulièrement dans les quartiers périphériques. Le constat est visible à l'oeil nu.


Beaucoup de personnes vivent avec moins d'un dollar par jour. Une situation très alarmante que le gouvernement et ses partenaires doivent prendre en compte de toute urgence.

Aux marchés Habena et Addallah de la ville de N’Djamena, plus précisément dans les moulins à décortiquer, femmes veuves ou mariées et filles orphelines, toutes se débrouillent dans des conditions très précaires et insalubres. Elles sont exposées aux risques pour survivre.

Dans ces endroits, c’est toute une chaîne de travail forcé et pénible. Les conditions de travail laissent à désirer. Les pousseurs, les dockers et les femmes, tous se battent pour la survie. Aux moulins à décortiquer que nous avons sillonnés, des femmes sont présentes toute la journée pour vanner le mil, le maïs et le sorgho, à raison de 300 Fcfa par sac.

Il faut une heure de temps pour vanner et arranger le mil dans le sac. Les femmes sont nombreuses par manque de travail. Certaines veuves et orphelines prennent d’assaut ces lieux de travail très tôt pour la survie. Il suffit de voir un véhicule s’arrêter ou une moto transportant un sac à mil approcher et le combat commence. Certaines saisissent le potentiel client de loin tout en intimidant les autres commerçantes : « Da client Hagui, Karabta mine beït », peut-on entendre en arabe tchadien. "C'est mon client".

Ces femmes travaillent quotidiennement dans ces milieux pour la survie de leurs progénitures. Un travail qu’elles n’aiment pas mais par contrainte de vie, elles sont obligées de le faire.

Au marché d'Adallah, la présidente des femmes commerçantes et débrouillardes, Kaltouma Ahmat, se plaint des conditions de ces femmes. "Les femmes sont misérables. Du matin au soir, elles travaillent pour espérer gagner quelque chose qui leur permet à peine d'assurer le repas. C'est même impossible d'inscrire les enfants à l'école. Le gouvernement doit apporter un appui", explique Kaltouma.

En 2018, 42% de la population vivait en dessous du seuil national de pauvreté. Selon le classement de l'Indice du capital humain de la Banque mondiale, le Tchad est parmi les derniers, tandis que le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU affirme qu'en 2021, un tchadien sur trois a besoin d'une aide alimentaire d'urgence.

Cette misère fait son bonhomme de chemin et fait des victimes en série car la famine devient de plus en plus un fléau qui gangrène le tissu social et économique au Tchad. Le gouvernement et ses partenaires techniques, financiers et sociaux doivent faire un travail en amont d’urgence pour aider les couches vulnérables et démunies qui vivent dans une situation très précaire. Car en 2021, voir des gens vivre avec moins d'un dollar par jour est lamentable.