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Tchad : pourquoi dépensons-nous plus pour nos morts que pour nos vivants ?


Alwihda Info | Par Barra Lutter - 20 Janvier 2026



Il y a quelque chose de profondément troublant dans nos priorités collectives. Dans nos villes comme dans nos villages, on peut mourir faute de soins, d’eau potable ou de médicaments essentiels.

Mais quand la mort survient, l’argent apparaît soudainement. Des millions sont mobilisés, des familles s’endettent, des communautés se saignent pour « enterrer dignement ». Comme si la dignité n’était exigible qu’après la mort.

Ce paradoxe n’est ni anodin, ni neutre. Il est le symptôme d’un malaise moral et politique. Nous disons honorer nos morts, mais en réalité, nous réparons nos silences. Nous achetons, à coups de cercueils coûteux et de cérémonies grandioses, la paix de nos consciences. Nous transformons le deuil en spectacle social, parce que la mort, elle, se voit. Elle se juge. Elle s’expose. La vie des pauvres, des malades, des exclus, en revanche, se consume dans l’invisibilité La pression sociale fait le reste.

Des funérailles modestes deviennent une honte. Une vie précaire, une maladie non soignée, un enfant déscolarisé : cela passe. On murmure, on compatit, puis on oublie. Mais un enterrement jugé « indigne » colle à une famille comme une faute éternelle. Alors on dépense. On s’endette. On sacrifie l’avenir pour sauver l’honneur. Ne nous trompons pas : le problème n’est pas la culture. Le problème est l’abandon.

L’abandon par des États incapables ou peu désireux de garantir le minimum vital : soins accessibles, protection sociale, sécurité économique. Quand la vie n’est pas protégée par le collectif, la mort devient une affaire privée, urgente, écrasante. Et comme toute urgence, elle écrase la raison. Il y a aussi une violence symbolique dans ce choix.

Nous affirmons, sans le dire, qu’il vaut mieux mourir dignement que vivre dignement. Qu’il est plus important de bien enterrer que de bien soigner. Plus honorable de financer un cercueil que de prévenir une maladie. Cette logique est dangereuse. Elle normalise la souffrance des vivants et sacralise leur disparition.

À quoi sert une société qui respecte ses morts, mais tolère que ses vivants soient humiliés ? Honorer les morts est une valeur noble. Mais une société juste honore ses morts parce qu’elle a respecté ses vivants. Sinon, les funérailles ne sont qu’un aveu tardif d’échec collectif. Il est temps d’inverser la logique. De faire du soin, de l’éducation, de la prévention et de la solidarité des priorités visibles, assumées, valorisées.

Il est temps de comprendre que la dignité humaine ne commence pas au cimetière. Car une vérité demeure, brutale et simple : les morts n’ont plus besoin de nous. Les vivants, si.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)